Premières dames : Carla Bruni-Sarkozy, l’inattendue

Suite de notre série sur les épouses des présidents de la République, notre article du jour revient sur Carla Bruni-Sarkozy, une première dame élégante et souriante, mais qui apprécie peu le show.

«Buckingham, c’était pour moi une crainte terrible. C’était un examen de passage…» Carla sourit quand elle y repense. Mais à l’époque, en 2008, ce premier voyage officiel, elle en a fait des nuits blanches. Les Français venaient de découvrir ce coup de foudre de leur président fraîchement séparé de Cécilia. Au mieux voyaient-ils en Carla «un sosie de Cécilia en plus jeune», yeux bleus, pommettes hautes, au pire, une nouvelle tocade de «Sarko» qui, pour s’étourdir après le départ de son épouse, avait enchaîné les aventures. Mais non, «avec Carla, c’est du sérieux». Nicolas Sarkozy ne fait plus un pas sans elle, il la ramène constamment dans les conversations, au Conseil des ministres, lors des remises de décorations… Et quand, invité en Inde, il comprend que sa nouvelle «concubine» ne pourra pas être du voyage au Taj Mahal, il liquide cette expédition en solo à toute vitesse, frôlant la muflerie. Heureusement, suivant le conseil pragmatique de Bernadette Chirac, Nicolas épouse très vite son amoureuse dans la discrétion.

Ainsi, c’est avec la bague au doigt qu’ils abordent, ensemble, la visite en Angleterre. Ça n’est pas gagné tout de suite. Avant de s’extasier, subjugués par le charme et l’élégance de la belle Italienne qui parle un anglais impeccable, les tabloïds d’outre-Manche y vont de leurs commentaires cinglants. Et n’oublient pas, au passage, de publier en pleine page le cliché pris par Michel Comte en 1993 de Carla entièrement nue. Il sera vendu aux enchères par Christie’s le lendemain pour 91 000 dollars (58 000 euros, à l’époque). Afin de calmer ses angoisses, Carla a emporté douze tenues dans ses malles. Elle a bien fait, elle en a porté huit ! A la descente de l’avion, à Heathrow, c’est elle qui apparaît la première, poussée en avant par un Nicolas Sarkozy tout fier. Elle est en robe manteau Dior gris perle, couleur emblématique de la maison. Avec son amie Camille Miceli, directrice artistique chez LVMH, elle a pesé le moindre détail, coiffure lisse, maquillage sobre, ballerines vernies noires pour ne pas être plus grande que son homme, bibi à la Jackie K… Après un défilé éblouissant de robes longues, tailleur, robe d’après-midi, et ensemble pantalon… et une mémorable révérence à Sa Majesté la Reine, les moroses relations entre la France et le Royaume-Uni se sont magiquement réchauffées. «Sarkozy peut revenir quand il veut à condition qu’il soit accompagné de sa femme !» concluent les journaux.

« C’est le moment de ma vie où je me suis sentie le plus vulnérable »

Le président est en lévitation, Carla respire. Mais elle l’avoue, elle apprécie moyennement ces sorties sous la mitraille des flashs et des commentaires. Si elle a su vaillamment assumer son rôle, c’est au prix d’une peur permanente. Elle le confiera plus tard. Rien dans ce job qu’elle découvrait alors n’est rassurant. «Curieusement, c’est une position où l’on est très protégée, mais où l’on se sent très vulnérable. Oui, [femme de président], c’est bien le moment de ma vie où je me suis sentie le plus vulnérable. […] Tout le monde semble vouloir se jeter sur vous, tout le monde exige quelque chose, c’est très… déconcertant.» Elégante Carla, qui modère sa description. Pourtant, elle pourrait largement parler des sangsues, de ces courtisans sans vergogne quémandant qui une subvention, qui une visite, qui des réponses écrites… Et qui, s’ils n’obtiennent pas satisfaction, vous lynchent dans les médias.

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Oui, c’est surtout cela, le pouvoir : beaucoup de coups à prendre. Il faut avoir le cuir tanné comme un Fillon, un Woerth, un Hollande… ou un Sarkozy pour encaisser. Carla, elle, n’est pas formatée pour ces épreuves. Heureusement qu’avec « mon amour », la fusion est (encore) totale. Nicolas Sarkozy la protège et lui passe tout. Le couple n’habite pas à l’Elysée, sort peu (pas assez ?), préférant regarder des films – elle lui en aurait fait découvrir «200» ! –, se dépêche de faire un bébé en 2011… Fine mouche, Carla a discrètement éloigné l’intrigante Rachida Dati, grande amie de Cécilia. Il semble qu’elle ait eu ses têtes et ses préférences : elle aurait fait révoquer David Martinon, trop impliqué dans les conflits avec Cécilia, aurait appuyé la nomination de Frédéric Mitterrand à la Culture, de Philippe Val à la direction de France Inter, de Jean-Luc Hees à celle de Radio France… Aurait-elle vraiment eu tant d’influence? Pas si sûr. «L’ouverture à gauche» était programmée. 

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Ce qui est sûr en revanche, c’est que, en diplomate rodée, elle a réconcilié la famille Sarkozy : Nicolas a renoué avec ses parents et son frère, leurs deux fils –Aurélien qu’elle a eu avec Raphaël Enthoven et Louis qu’il a eu avec Cécilia–, qui ont quatre ans d’écart, partagent leurs vacances; elle a même fait la conquête de Marie-Dominique Culioli, la première femme de son mari . Et le couple dînera aimablement avec les Attias, Cécilia et Richard, en 2009, à New York ! Sans parler de Madame Mère, l’inénarrable Marisa, qui intronise Nicolas «chef de la famille des Bruni Tedeschi» dans la somptueuse propriété qu’elle possède au Cap Nègre. Quant aux bonnes œuvres, indissociables de la fonction de première dame, Carla s’y plie volontiers. Mais la Fondation Carla Bruni créée en 2009 pour lutter contre l’illettrisme ne décolle pas vraiment et de plus, se retrouve attaquée sur sa gestion. Pourtant, elle a recueilli et redistribué 8 millions d’euros. Et la chanteuse a, à titre personnel, donné 60 000 euros aux Restos du cœur et reversé les royalties de son album «Comme si de rien n’était» à la Fondation de France… Les Français ne semblent pas y croire. Au fond, ils préfèrent Carla à la guitare et Carla en robe du soir à Carla dame patronnesse. 

« Je te souhaite que ton mari te fasse aussi bien et aussi souvent l’amour ! », aurait-elle lancé à une de ses amies

Mais Carla est surtout amoureuse. Un coup de foudre maintes fois raconté par le publicitaire Jacques Séguéla, l’organisateur du «blind date» entre le chef de l’Etat et l’ex-mannequin. Les autres invités autour de sa table ont littéralement vu naître l’étincelle – le brasier ! – entre les deux. Plus rien n’existe. Carla la séductrice (énumérer ses amants est un sport) a trouvé son double. Son maître? On a beau critiquer ses «mon mari» un brin nunuches, qui tranchent avec la Carla que connaissaient les fans de la top impertinente, on aime cette créature alanguie à côté d’un Sarkozy soudain calmé. Calmé ? Enfin, un peu. L’amour lui donne des ailes. Et il lui arrive fréquemment d’évoquer la beauté, l’intelligence de sa femme, leur belle entente sexuelle. Pareil pour madame, qui aurait lancé à une amie journaliste : «Je te souhaite que ton mari te fasse aussi bien et aussi souvent l’amour !» Nous voilà rassurés, car pour résister au stress, à la pression du monde politique, rien ne vaut une bonne alchimie érotique sous la couette.

Le 14 juillet 2010, dans la tribune officielle, baisemain présidentiel sous les yeux de la première dame du Cameroun, Chantal Biya. © Eric Feferberg/AP/SIPA

D’ailleurs, si Sarkozy avait gagné l’investiture présidentielle en 2016, qui nous dit que le couple aurait pu tenir un second mandat? L’érosion politique n’aurait-elle pas induit une érosion sexuelle? Carla Bruni le pressentait : «Si je suis égoïste, je dis : “Un mandat ça suffit.” […] C’est une épreuve terrible avec tous ces immondes. Et je me dis que tout cela va recommencer s’il est réélu. C’est pour la France, O.K. […] Mais vous comprenez cette ambivalence : je désire pleinement quelque chose que je ne souhaite pas au fond de moi. Je désire qu’il soit réélu, mais en même temps, j’en rejette de toutes mes forces la perspective.»

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Le 20 novembre 2016, sincèrement désolée pour son mari éliminé, la belle respire mieux. Elle renoue avec ses passions, la musique et la mode. Déjà, au moment de la transition du pouvoir avec François Hollande et Valérie Trierweiler, elle avait conseillé à la journaliste de «se préparer au pire». D’ailleurs, les Français, ces girouettes, se surprendront ensuite à regretter les réponses convenues et les silences énigmatiques de leur aristocrate italienne.

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Source : http://www.parismatch.com/Actu/Politique/Premieres-dames-L-enigmatique-Carla-Bruni-Sarkozy-1512353

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